Comment faire un poster 360 ?


Inutile de faire durer le suspens : il n’est pas possible de créer un poster 360 à partir d’un téléphone. A moins bien-sûr, d’aimer ce qui est moche. Certes, ces appareils sont de plus en plus performants. L’option « photo panoramique » est devenue monnaie courante. Certains proposent même l’option « photo panoramique 360 ». A noter que seules les photos sortant de certains de ces appareils sont reconnues par Facebook comme 360. Mais ne nous égarons pas. Car un minimum d’exigence oblige à le reconnaître : les photos panoramiques proposées par les smartphones sont faites pour être vues sur des écrans, non pour être imprimées. Vouloir à tout prix les imprimer expose à des déconvenues. Car ces appareils sont très bons pour faire ce pour quoi ils ont été conçus : partager de belles images d’écran à écran. Or, la qualité nécessaire à une impression de qualité est nettement supérieure à ce qu’ils proposent.


Poster panoramique 360°



Il suffit de comparer la taille d’un écran de tablette, de téléphone ou d’ordinateur, et la taille d’un poster pour toilettes pour s’en convaincre: les dimensions d’un poster 360 sont, en moyenne, de 5m de long pour 90cm de haut. Ce qui fait une surface de 4,50m2. Combien de smartphones de diagonale 5 pouces pour couvrir une telle surface ? Vous avez deux heures… Bien-sûr, il est possible « d’étirer » l’image en baissant la résolution. Le résultat risque d’être très décevant. Vous êtes recalé.

Certes, la qualité des appareils photos des smartphones augmente chaque année de manière spectaculaire. Il sera peut-être bientôt possible d’imprimer soi-même ses propres photos. Mais pour le moment, il faut des outils spécifiques pour réaliser une impression de qualité. Une partie matérielle pour faire les photos, et une partie logicielle pour faire le 360.

Le logiciel indispensable pour créer une photo 360


Un acteur domine le marché : Kolor. Cet éditeur propose un logiciel très performant, utilisant des algorithmes complexes, pour réaliser des panoramas allant jusqu’au 360. Le principe est simple : deux photos qui se recoupent ont suffisamment de pixels en commun pour qu’on puisse les assembler et les joindre parfaitement, pour ne faire plus qu’une photo. Il s’agit ni plus ni moins, que d’un collage avec recouvrement. Le logiciel Autopano exige une surface de recouvrement d’au moins 20 %. La « moulinette » est transparente pour l’utilisateur. Vous soumettez vos photos au programme, il en ressort un panorama. Dès lors, avec un nombre de photos suffisant, il est possible d’obtenir un 360.

Malheureusement, tout n’est pas si simple. Pour que le programme reconnaisse les pixels identiques, il faut qu’ils soient… identiques. Ce qui entraîne un certain nombre de contraintes.


Première contrainte : la mise au point

Admettons qu’un paysage de rêves vous pousse irrémédiablement à réveiller votre appareil photo, alors qu’il dormait tranquillement dans sa housse. Le panorama possède un premier plan très fort, et un arrière plan magnifique. Vous voyez tout de suite qu’il vous faudra deux photos pour saisir la scène dans son ensemble. En bon photographe, vous décidez de respecter la règle des tiers. Fatalement, une photo contiendra majoritairement l’arrière plan, et l’autre contiendra majoritairement le premier plan. Et là, c’est le drame... Car si le point est fait une fois à l’infini, et l’autre fois à quelques mètres, les zones nettes et les zones floues ne seront pas les mêmes. Dans la zone de recouvrement, aucun pixel d’une photo ne ressemblera au pixel de l’autre photo. Et le logiciel ne pourra pas faire l’assemblage.


Deuxième contrainte : la lumière

Trop de lumière, et la photo est surexposée. Certains pixels, voire des zones entières, seront complètement blancs. Pas assez de lumière, c’est le contraire, certains pixels seront totalement noirs. En ce sens, réaliser une simple photo ne présente pas de difficulté particulière. Il suffit de régler l’appareil, s’il ne se règle pas lui-même, pour que la quantité nécessaire de lumière percute de le capteur. Ni trop, ni trop peu.

Mais, vous l’avez deviné, dès lors qu’il s’agit de réaliser un 360, les choses se compliquent. Encore et toujours cette histoire de pixels identiques. Si vous changez l’exposition entre deux photos, les pixels seront forcément différents. Il faut muscler son jeu. Et trouver l’unique exposition, l’exposition magique, l’exposition élue, celle qui sera acceptable pour toutes les photos du panorama.


Le matériel nécessaire à une bonne prise de vue

En toute logique, le matériel doit être adapté aux exigences du logiciel d’assemblage. Il faut fournir à ce dernier les photos adéquates. Mise au point et lumière doivent être réglables manuellement, puisque, comme nous l’avons vu, il est nécessaire que toutes les photos soient identiques sur ces points. Exit donc, les appareils Compact. Exit également les appareils hybrides. En fait, un seul type d’appareil photo numérique convient : le Reflex. Ce type de machine est entièrement réglable manuellement. La surface du capteur est plus importante que sur n’importe quel autre. La qualité d’image est supérieure. Le Reflex possède tous les avantages… sauf le prix. Il faut souffrir pour être beau.

L’autre élément essentiel de la garde-robe du photographe 360 est le trépied. Il faut absolument un trépied. Pour aligner les photos correctement. Si vous souhaitez faire des panoramas avec deux voire trois photos, vous pouvez les faire à main levée. D’ailleurs à ce compte, vous n’avez pas besoin du logiciel d’assemblage, votre version crackée de Photoshop pourra réaliser le travail. Moins bien, plus lentement, mais ça fera le job. Mais au-delà de trois photos, il est nécessaire de poser son APN sur un trépied. Vous obtiendrez de bien meilleurs résultats.

Le dernier élément n’est pas indispensable pour débuter. Mais si vous persistez, il le deviendra rapidement : il s’agit de la rotule panoramique. Cet objet curieux a plusieurs fonctions. La rotule panoramique permet d’abord de placer l’appareil en format portrait. Mais également de reculer l’appareil photo par rapport à l’axe du trépied. Tout ceci paraît bien curieux, mais ça marche. Nous n’entrerons pas ici dans les détails techniques. Si vous souhaitez en savoir plus, consultez le blog d’Arnaud Frich, une référence en photo panoramique. Et si vous avez des tendances masochistes, tapez « point nodal » dans Youtube.



Rotule panoramique Bushman



Quelques solutions simples à mettre en oeuvre

Nous connaissons maintenant le matériel adéquat, et nous connaissons les contraintes techniques. Comment répondre simplement à ces dernières ?

En ce qui concerne la mise au point, nous l’avons vu, elle doit rester identique d’une photo à l’autre. Alors que les éléments présents sur chacune ne sont pas forcément à la même distance. La difficulté paraît insurmontable. Avec le bon réglage, c’est tout le contraire.

Sur tout appareil photo, lorsque le point est fait sur une zone précise, tout ce qui se trouve légèrement devant ou légèrement derrière est net également. C’est ce qu’on appelle la profondeur de champ. La profondeur de champ varie suivant plusieurs paramètres : l’ouverture de votre diaphragme, et la focale utilisée. Plus le diaphragme est fermé, plus la zone de netteté sera étendue. Plus la focale est large, plus la zone de netteté sera étendue. La focale large est celle qui éloigne le sujet, contrairement au zoom qui le rapproche. La focale large est généralement utilisée pour photographier des paysages, ce qui tombe bien ! En revanche, l’ouverture du diaphragme ne dépend pas du seul choix du photographe : les conditions de lumière peuvent parfois commander une ouverture plus grande, par temps très nuageux par exemple, ou aux extrémités de la journée. Il faudra alors ne pas trop ouvrir, pour conserver une profondeur de champ la plus grande possible, et compenser avec des temps d’ouverture plus grands et une sensibilité du capteur plus grande.


Poster panoramique 360°

Voilà pour les grands principes de base. Maintenant, place aux gros mots: «distance hyperfocale !! ». Ici aussi, tous les détails sont facilement trouvables sur Youtube. Pour aller vite, l’hyperfocale est l’endroit où il faut faire le point pour obtenir la plus grande profondeur de champ possible. Elle varie en fonction de la focale et de l’ouverture. Une fois le point fait, manuellement, à la distance hyperfocale, n’importe quelle photo sera nette. Alleluia !!

La problématique liée à la lumière n’a pas de solution aussi élégante. En ce qui concerne la lumière, on bricole. Car la plupart du temps, il est impossible d’exposer correctement toutes les photos qui forment le 360. Les photos les plus exposées sont celles réalisées dos au soleil. Les moins exposées sont celles perpendiculaires aux rayons du soleil. Sachant cela, il faut tenter la synthèse, le compromis, le réglage qui sera acceptable pour tous sans totalement satisfaire quiconque. Oui, il y a un aspect politique dans la photo 360. Mais comme nous le montrent régulièrement nos chers élus, il ne faut pas rester définitivement attaché à ses principes. Parfois, il vaudra mieux privilégier les photos surexposées. Et d’autres fois, ce sera le contraire. On entre ici dans le domaine des choix. Pour ne pas se planter totalement, il est recommandé de toujours shooter avec deux, voire trois expositions différentes pour chaque panorama. Le choix définitif se faisant une fois chaque panorama assemblé.